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  • Bruno Gysels

Débat confisqué ?

La stigmatisation et la culpabilisation de ceux et celles qui désirent faire entendre une autre voix (notamment scientifique) sont telles que cela effraie littéralement. C'est sans doute l'objectif poursuivi.



Il en va de même à l'égard de toute personne non-vaccinée et/ou qui s'oppose au pass sanitaire.

Je ne vais pas reprendre ici le florilège des déclarations d'hommes et femmes politiques qui se sont encore un peu plus décrédibilisés en agissant de la sorte.

Cette situation est vraiment regrettable au moment où nous restons confrontés à une crise sanitaire qui n'en est peut-être qu'à ses prémisses. Ne nous en déplaise.

Nous aurions au contraire besoin de mettre en commun la réflexion de tous et toutes dans le cadre d'un débat respectueux et démocratique.

Pour illustrer ce qui précède, voyons à présent les très intéressants points de vue développés par :

  • Barbara STIEGLER, Professeure à l'université Bordeaux-Montaigne au sein de laquelle elle est responsable du Master "Soin, étique et santé"

  • Vincent LABORDERIE, Polititologue et Maître de conférences à l'Institut d'études européennes (UCLouvain)

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Barbara STIEGLER - philosophe

Comme l’a écrit la philosophe française Barbara STIEGLER (1) : « On construit une scène sur laquelle s’affrontent les vaccinés et les anti-vaccins, et toute position critique vous enferme dans une dissidence invivable. Au lieu d'aller vers les populations à risque on utilise la menace et le chantage.

"Création d'un état de sidération dans la société qui empêche de penser et d’appréhender les questions avec nuance et précision"

Toujours dans l’entretien qu’elle a accordé à REPORTERRE, Barbara STIEGLER déclare : « J’ai le sentiment qu’on s‘enferre dans une impasse politique et sanitaire. Les décisions prises par le gouvernement depuis le 16 mars 2020 construisent un pays fracturé où l’on oppose deux camps, celui du bien et celui du mal. On construit un affrontement entre vaccinés et antivax, créant un état de sidération dans la société qui empêche de penser et d’appréhender les questions avec nuance et précision. Toute position critique vous condamne à une dissidence invivable ».

Vincent LABORDERIE - politologue

Dans une brillante Carte blanche intitulée "Le non-vacciné devient le nouveau bouc émissaire de notre société" et publiée le 26 septembre 2021 dans LA LIBRE, le politologue Vincent LABORDERIE (UCLouvain) épingle les dangers qui nous guettent en termes de "vivre ensemble".

"Aux hyper-pragmatiques insensibles aux grands principes, on rappellera que l’on est toujours la minorité de quelqu’un. Et que la prochaine crise belge est déjà programmée"

D'après Vincent LABORDERIE, la confiscation du débat provoque les conséquences suivantes :

Il faut s’interroger sur la volonté que manifestent certains à exclure une partie de la population et à la rendre responsable de la situation. Celle-ci en dit en effet long sur ce qu’est devenue notre société après 18 mois d’une crise qui a, malheureusement, largement dépassé sa dimension sanitaire. (...)

Rendre responsable de notre malheur une minorité qui pense et agit différemment n’a rien de nouveau. René Girard a même décrit le bouc émissaire comme un élément constitutif d’une société. Il prend d’ailleurs comme exemple dans ses travaux les Juifs du Moyen-âge, accusés alors de propager les épidémies de peste. En cas de crise, certains reviennent donc aux fondamentaux. En l’espèce, le clivage vacciné/non vacciné est d’autant plus fort qu’il repose sur un statut médical clair. On peut ainsi diviser la société en deux parties inégales avec une majorité et une minorité. La stigmatisation de cette minorité a aussi l’avantage d’épouser, dans l’esprit de certains vaccinés, cette idée vieille comme le monde selon laquelle si les autres faisaient comme soi, tous les problèmes seraient résolus.

Après avoir ensuite examiné les questions du bénéfice électoral escompté et de l'obligation vaccinale, Vincent LABORDERIE conclu comme suit :

La crise sanitaire finira un jour, en grande partie grâce aux vaccins. Mais il importe de s’interroger sur la société que l’on laissera après celle-ci. Et de se poser cette question fondamentale : veut-on d’une société où le discours de peur (et bientôt de haine) envers une minorité est présenté comme scientifiquement validé et politiquement légitime ?

Aux hyper-pragmatiques insensibles aux grands principes, on rappellera que l’on est toujours la minorité de quelqu’un. Et que la prochaine crise belge est déjà programmée, au soir des élections fédérales prévues, au plus tard, en mai 2024.

 

(1) Barbara STIEGLER est Professeure à l'université Bordeaux-Montaigne et y dirige le Master "Soin, étique et santé" - auteure de « De la démocratie en pandémie » aux éditions Gallimard

(2) Vincent LABORDERIE est Polititologue et Maître de conférences à l'Institut d'études européennes (UCLouvain)

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