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  • Bruno Gysels

J'existe !

Tous les personnes non-vaccinées sont-elles "anti-vaccins" ? Certainement pas. Alors comment expliquer le refus de nombreux êtres humains de se faire vacciner ?



HEGEL : le désir de reconnaissance

Pour le philosophe allemand HEGEL (1770-1831), le désir de reconnaissance, c'est bien plus que le désir d'être admiré. La reconnaissance, c’est le fait d’exister aux yeux d’autrui et, par prolongement, aux yeux de soi. Le désir de reconnaissance, c’est le désir d’être reconnu comme une entité existant par soi. Qu’est-ce que cela veut dire être reconnu comme une entité existant par soi ? C’est tout simplement le désir d’être reconnu comme des individus conscients. Et être reconnu comme des individus conscients, c’est être reconnu comme étant capable d’autodétermination. Pour le dire simplement, capable de vouloir et de choisir, capable de dire oui ou de dire non.


Si autrui tente de vous imposer une décision, vous allez ressentir une absence de prise en compte de votre volonté, vous n’aurez pas l’impression qu’on vous propose quelque chose, vous aurez l’impression qu’on vous l’impose et c’est très différent parce que proposer quelque chose ,c’est laisser ouverte la possibilité du refus, c’est laisser ouverte la possibilité de l’alternative. Autrement dit, dans la proposition, il y a la reconnaissance de votre volonté alors que, dans l’imposition, votre volonté n’est pas consultée. Votre volonté n’est pas reconnue et, en niant l’existence de votre volonté, vous n'êtes plus considéré comme un être humain libre. Vous n'êtes plus considéré comme une conscience autonome. Vous allez faire l’expérience de ce que HEGEL appelle la négation de votre conscience. Et donc, quand autrui impose quelque chose à votre conscience, quand on vous ôte votre pouvoir d’autodétermination, vous n'êtes plus reconnu comme conscience, vous devenez une simple chose, une chose dont autrui peut disposer.


KANT : la réification

On retrouve cette idée dans la morale de KANT. Lorsque KANT fait la distinction entre le règne des personnes et le règne des choses, KANT dit qu’une personne, c’est ce qui possède une dignité. C’est-à-dire une valeur inconditionnelle qu’il nous est interdit de considérer comme une simple chose, comme un simple moyen en vue de satisfaire notre propre volonté. Pour KANT, la valeur de la personne réside dans sa dignité, c’est-à-dire dans sa capacité d’autodétermination, dans ce que SARTE appelait la capacité à créer un projet. Les êtres humains sont porteurs de projet, ils sont porteurs de volonté. Et nier la volonté d’un individu, c’est nier son humanité même.


Quand on ne reconnaît pas le pouvoir d’autodétermination d’une conscience, on procède à ce qu’on appelle une réification (réification du latin res, rei qui signifie chose). La réification, c’est quand on considère un autre humain comme un objet, comme un simple moyen. Lorsque KANT disait qu’une personne ne pouvait jamais être considérée comme un simple moyen mais toujours comme une fin en soi, il voulait souligner ce pouvoir d’autodétermination de la volonté humaine qui nous empêche d’en disposer selon notre désir. Considérer une conscience comme notre propriété, c’est ôter à l’être humain ce qui fait son humanité.


Et la vaccination dans tout ça ?

En stigmatisant et dévalorisant les personnes non-vaccinées, nos politiciens ont largement contribué à réveiller le désir de reconnaissance tel que décrit par HEGEL. Puisque je ne suis pas considéré comme une conscience libre et capable d'autodétermination, je vais réagir en affirmant mon opposition à ce qu'autrui tente de m'imposer. Il faut dire que, le Premier Ministre en tête, nos politiciens - accompagnés de leurs experts - se sont bien défoulés, s'étonnant de constater une réaction parfois virulente de ceux et celles dont ils nient la dignité.


En conclusion

Dire à quelqu’un qu’il a tort de penser ce qu’il pense ou qu’il a tort d’agir comme il agit, c’est présupposer que nous pourrions prendre les manettes de la conscience de l’autre, c’est nier à l’autre sa volonté libre et sa capacité d’autodétermination. C’est nier la conscience de l'autre.


Il ne faut pas ensuite s'étonner de l'existence de réactions de la part de ceux et celles dont, d'après HEGEL et KANT, la conscience a été niée.


En résumé

Pour résumer l'article en quelques points ...

  • D'après HEGEL, notre "désir de reconnaissance" est un besoin d'être reconnu comme étant une conscience autonome capable d'exprimer un refus ou un consentement

  • D'après KANT, nier la volonté d'un être humain, c'est nier son humanité

  • La négation du "désir de reconnaissance" et de la liberté du consentement entraîne, chez nombre d'être humains, une objection de la conscience.


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Pour approfondir le sujet :


La partie de mon texte relative à KANT ET HEGEL est largement inspirée du podcast intitulé "HEGEL - Le désir de reconnaissance" réalisé par "Le Précepteur" et disponible sur YOUTUBE

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